Une lettre de Terry 2

Lettre écrite par Terry à ses fans alors qu'il écrivait "le Sang de la Déchirure".


Et bien, quel plaisir de recevoir ta lettre et les réponses que tu as rassemblées pour moi. J'apprécie vraiment d'avoir des retours de lecteurs. C'est toujours gratifiant d'apprendre que les gens sont emportés par l'histoire et les personnages. C'est un peu comme avoir d'autres personnes proches de nous comme le sont nos plus chers amis.  J'aime être capable de transporter les gens hors de leur monde pour un instant, et de les emmener visiter mon univers. J'étais inquiet de la manière dont la BB allait réagir à ma lettre. Je me sentais plus que mal à l'aise de m'imposer sur un forum gratuit et ouvert à tous, mais tout le monde a été plus que gentil à mon égard.

Tor (la maison d'édition) a récemment acheté les droits des tomes 3, 4 et 5 de la série, alors j'espère pouvoir continuer à vous intéresser encore longtemps avec les aventures de Richard et Kahlan (et tous nos autres personnages préférés). Je me suis sérieusement mis au travail sur le tome 3 du cycle de l'Epée de Vérité, le Sang de la Déchirure, qui devrait sortir à l'automne de cette année. Le livre sortira à l'automne comme ce fut le cas pour les deux précédents. J'écris environ 12 à 14 heures par jour, sept jours sur sept, mais heureusement, j'aime écrire plus que tout au monde, donc je considère plus ça comme un passe-temps sympa que comme du travail. J'aimerais seulement que cela ne me prenne pas aussi longtemps pour écrire un livre !

J'essaie de rendre chacun des livres (chacun des tomes) indépendant des autres, dans la mesure du possible. Je n'aime pas les cliffhangers, et je ne veux pas imposer ça à mes lecteurs. Je préfère savoir que les gens ont envie d'acheter le prochain livre parce qu'ils aiment l'univers que j'ai créé et qu'ils veulent y retourner, plutôt que d'avoir à tout reprendre pour découvrir ce qui s'est passé. Pour l'instant, il n'y a rien de fixé pour le nombre de livres que comptera la série, mais il y en aura au moins cinq, puisque c'est ce qui est stipulé dans mon contrat, pour l'instant. Etant donné la manière dont c'est parti, je pense que Tor en voudra plus. Je passe vraiment un bon moment à décrire cet univers et je ne vois aucune raison d'y mettre un terme après un nombre prédéterminé de livres. Je connais déjà les histoires des deux prochains tomes (je n'aime pas prévoir les choses trop longtemps à l'avance), et je connais l'histoire du dernier tome (avec l'achèvement de la série), mais des idées pour les livres intermédiaires n'arrêtent pas de jaillir dans ma tête, donc aussi longtemps que nous passons tous un bon moment, je ne vois aucune raison d'arrêter.

En ce qui concerne ta question sur les auteurs qui m'inspirent, je pense qu'il s'agit plus d'un type de livres en général. J'aime lire un peu de tout, et j'aime un grand nombre d'auteurs. Quand j'étais à l'école, nous n'étions pas autorisés à lire n'importe quoi. Nous devions lire des livres incroyablement ennuyeux, et du coup, j'ai appris à détester la lecture. Ce n'est que lorsque je me suis rendu par moi-même à la bibliothèque et que j'ai commencé à jeter un oeil aux livres qui me paraissaient intéressants que j'ai réalisé que lire pouvait être amusant. Après cela, j'ai dû lire en cachette parce que l'on m'avait appris que les livres comme la série Martian de Edgar Rice Burroughs était nulle et que les étudiants intelligents ne devaient pas perdre leur temps à lire cela. J'ai toujours aimé sentir la magie des livres ainsi que la façon dont ils m'emportent vers d'autres mondes. Pour moi, écrire est un moyen d'entrer dans ce monde de magie. C'est un peu la même sensation que lorsque je lis : j'aime être là, et je n'ai pas envie de partir.

Tu m'as demandé ce que je ressentais par rapport au fait que certains de mes lecteurs étaient très jeunes, 10 ou 11 ans par exemple. En un mot ? Ca me rend nerveux. J'écris en pensant que c'est à destination d'un public adulte, et je n'avais, jusqu'à maintenant, jamais vraiment su que de jeunes gens lisaient mes livres. Quand quelqu'un me demande si son enfant peut lire l'un de mes livres, je lui réponds toujours de le lire en premier et de décider ensuite par lui-même. Certains parents m'ont remercié, me disant qu'ils avaient adoré le livre mais que ça leur semblait trop mûr pour leur enfant de 12 ans. D'autres parents m'ont dit qu'ils l'avaient passé à leur enfant de 10 ans, et que ce n'était pas aussi mauvais que les informations du soir, et bien mieux que les jeux vidéo. 

Je dois pourtant admettre que j'ai été vraiment surpris de l'intelligence et du discernement de ces jeunes lecteurs. J'ai réalisé que les adultes étaient bien plus inquiets du caractère adulte de certaines scènes que ne le sont les plus jeunes lecteurs. Peut-être que les adultes sont plus à même de comprendre les horreurs suggérées, et que ça passe simplement "au-dessus de la tête" des plus jeunes, ou peut-être que les jeunes gens sont plus matures maintenant que je ne l'étais à leur âge et qu'ils peuvent relativiser. L'un de mes fans ici, qui a 10 ans, a demandé à son professeur de m'inviter dans leur classe, pour que je leur parle de mon métier d'écrivain. J'ai été surpris d'apprendre que la plupart de ses camarades de classe avaient lu et aimé mes livres. Je suppose que je devrais dire que si en lisant quelque chose qu'ils apprécient, ils se mettent à aimer lire, alors c'est une bonne chose. Mais ça me met toujours mal à l'aise.

Lorsque j'avais leur âge, me demander de lire Shakespeare et d'ensuite l'analyser jusqu'à en vomir m'a fait détester la lecture, alors quel bien cela a-t-il fait ? Cet acte pourtant bien intentionné a probablement détourné de la lecture de nombreux jeunes. Ah, mais c'était pour notre bien ! Peut-être que si, à cet âge, j'avais pu saisir tout le "gore" qui était sous-entendu dans l'oeuvre de Shakespeare, j'aurais lu avec plus d'intérêt. Je pense qu'en conclusion finale, je me sens très bien à propos du fait que de jeunes gens lisent mes livres, parce que je crois que mon écriture est fortement orientée sur la morale.  J'écris en ressentant un sentiment d'indignation, et ça transparaît dans mes livres. Si c'était du sexe ou de la violence gratuite, je me sentirais probablement bien plus mal à l'aise.

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Texte traduit par Sév34

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