SciFi.com

Interview donnée par l'auteur après la parution de "Chainfire".


Terry Goodkind a publié son premier livre, "la Première Leçon du Sorcier", en1994. Cela a été le prélude à une succession de livres connus comme le cycle de "l'Épée de Vérité". Prenant place dans un univers médiéval, ces livres sont centrés sur un humble guide forestier nommé Richard qui, avec l'aide de son grand amour, Kahlan, va devenir un grand leader, et apprendre qu'il est promis à une plus grande destinée que ce qu'il aurait jamais pu imaginer.

Le neuvième livre de Goodkind, "Chainfire", marque le début d'une trilogie qui va conclure la série de "l'Épée de Vérité". "Chainfire" présente Richard au centre d'un vortex magique dans lequel le souvenir de l'existence de Kahlan a apparemment été effacé de la mémoire de tous ceux qui la connaissaient. Alors que Richard cherche des réponses à ses interrogations, ses ennemis se rapprochent de tous côtés, menaçant de conquérir les derniers vestiges de la liberté.

L'auteur s'est récemment entretenu avec Science Fiction Weekly à propos du processus d'écriture du dernier livre, et de ses plans quant à sa vie après "l'Épée de Vérité".

- Vous avez attiré une horde de fans dévoués tout au long de la série. Gardez-vous ces fans à l'esprit lorsque vous écrivez, ou bien tentez vous de contenter les nouveaux lecteurs également ?

J'essaie d'écrire chaque livre de façon à ce que les nouveaux lecteurs soient introduits dans le cycle, à travers l'histoire.

- Cette histoire met en jeu la disparition de l'un des personnages principaux, Kahlan. A-t-il été difficile d'écrire une histoire en l'absence de l'un des personnages principaux de la série ?

Eh bien, cela a été une tâche très difficile, et ce n'était pas nécessairement à cause de l'absence de ce personnage principal, mais parce que le but réel et central de ce livre est la disparition de Kahlan, et toutes les personnes à qui elle a eu à faire durant l'ensemble de la saga ne se rappelle plus d'elle. Et ceci amène le fait que cela va altérer subtilement la personnalité de ces personnes par l'absence de son influence. Et en conséquence, c'était incroyablement difficile à écrire, car j'ai du altérer la personnalité de personnages très importants de façon subtile de sorte qu'un lecteur du cycle, qui est un fan de la série, et connaît chaque personnage, puisse reconnaître qu'il y a que quelque chose qui ne va pas dans la façon dont ils agissent, mais en même temps qu'ils agissent vraiment comme eux même. C'était donc une tâche vraiment délicate, et j'aime les challenges, donc pour moi ça a juste été très amusant de faire cela de cette manière. Et c'était aussi amusant car les nouveaux lecteurs de la série... ce que j'attendais c'était que les nouveaux lecteurs puissent penser "peut-être que ce Richard est vraiment dingue".

- Si cela avait été une histoire se suffisant à elle-même, cela aurait pu donner autre chose.

J'aime cette idée. J'aime donner aux nouveaux lecteurs un unique problème à considérer, alors que les fans de la série ont leurs propres choses à considérer. Ils vont tous penser « Mais que ce passe-t-il donc ? Où est Kahlan ? Nous aimons Kahlan. » Il y a vraiment un doute sur le fait de pouvoir croire Richard. Et pour les nouveaux lecteurs, vous essayez de comprendre « est-ce que cet homme est vraiment fou ? ». Vous ne savez pas ce qu'il se passe.

- D'où vous est venu l'idée pour ce livre ?

Chaque livre que j'écris tourne autour d'un thème central, et ces thèmes vont être des choses telles que l'importance de l'individualité, ou bien la signification de la liberté ou du libre arbitre. Ici le thème est une sorte de crise d'identité pour Richard et ses croyances en ses propres capacités à comprendre ce qu'il se passe autour de lui. Pour savoir ce qui est réel, et ce qui ne l'est pas, et pour utiliser son cerveau de façon à agir en phase avec ce qu'il croit être la vérité. Toute personne, lorsqu'elle agit en phase avec ses croyances, a des raisons centrales de croire qu'elle est dans le vrai. Même lorsque quelqu'un croit aux soucoupes volantes, il a une véritable raison de croire en cela. Il croit avoir vu quelque chose, et il agit en phase avec ce qu'il a vu, entendu, ou expérimenté, et tente de trouver un moyen de prouver que c'est la vérité.

- Qu'est-ce qui vous vient en premier, l'histoire ou le thème ?

Le concept central est toujours le premier à me venir à l'esprit, l'idée centrale sur quoi va porter l'histoire. Pour histoire, par exemple, Richard se réveille, et sa femme, la femme qu'il aime plus que tout, a disparu. Personne ne croit en son existence. Il est le seul à se rappeler d'elle. C'est l'idée centrale. Et depuis cette idée centrale, j'amène dans le schéma global tous les personnages qui sont nécessaires pour raconter cette histoire. Et cette trilogie "Chainfire" est une chose à laquelle je pensais depuis les derniers livres, car tout au long de cette série, j'ai su comment allait finir le cycle. J'ai pensé que le cycle devait avoir une histoire bien définie, tout comme un livre en a une. Et cette histoire doit comporter un début, un milieu, et une fin. Et la fin de la série, étant une série si longue et si étendue, nécessite une grande fin. Et je ne pensais pas qu'une fin en un seul livre serait suffisante pour apporter ce gigantesque summum à cette immense série. Je voulais donc quelque chose de vraiment spectaculaire. Je voulais une fin vraiment impressionnante pour ce cycle. Et c'est ce qu'est la trilogie "Chainfire". Et pour raconter l'histoire de cette fin, j'avais besoin de rajouter une complication supplémentaire à un problème déjà fortement compliqué.

- Est-ce la fin que vous avez toujours eue à l'esprit, ou bien cela a-t-il changé au cours de la série ?

Lorsque je dis que j'avais l'idée de comment cela allait se terminer, ce que je veut dire c'est que je connais comment l'histoire va se résoudre. La façon dont je raconte cette histoire est fonction de s'asseoir, et de développer l'intrigue sur un livre ou sur une trilogie. Prenez "Chainfire" par exemple. Je connais la fin du cycle. Je sais ce que Richard doit découvrir de façon à découvrir l'énigme du livre. Mais raconter cette histoire tout du long est quelque chose qui se développe lorsque je rassemble l'intrigue, et fait du livre une seule et unique entité. Et bien que je sache la fin de la série, je ne connais pas l'histoire exacte en terme de « ce personnage va faire ceci, ils vont voyager jusqu'ici, cette chose va les trahir ». Ces petites parties ne sont pas la chose la plus importante dans le concept du livre. Ce que je fais, c'est identifié le squelette de l'histoire, et seulement plus tard, lorsque je développe l'intrigue, je rajoute la chair et les os sur le squelette.

- Vous dites que vous n'aimez pas les cliffhanger, pourtant cette fin est très ouverte.

Eh bien, j'ai toujours dit que je n'aimais pas les cliffhanger, et que chaque livre était une histoire qui se suffisait à elle-même, qui présentait une fin au conflit majeur. Et une partie de la raison pour laquelle j'ai fait ceci de cette façon est que je n'avais pas un nombre prédéfini de livres pour le cycle, et je ne pensais pas qu'il était honnête pour les lecteurs de dire « ok, je vais juste continuer d'écrire ceci jusqu'à ce que je décide que c'est la fin, et il va y avoir des cliffhanger à partir de maintenant et jusqu'à ce que je décide que c'est fini ». Je pensais juste que ce n'était pas juste pour les lecteurs. Je pense que les lecteurs méritent une histoire. Plus que l'argent qu'ils investissent dans le livre, ils investissent leur temps. Leur temps est précieux, et je crois qu'ils méritent une histoire qui vaut le coup. Mais il leur avait été dit, avant que "Chainfire" ne sorte, que cela allait être une trilogie, que cela allait être différent. C'est la fin du cycle. Il y a donc une foi définitive quant au nombre de livre que contient le cycle, et quand est-ce qu'il va finir. 
Mais, ceci étant dit, et j'ai prévenu les gens, c'est en quelque sorte un cliffhanger car ce sont 3 livres, mais en même temps il y a la résolution d'un problème majeur dans ce livre, et le problème majeur de ce livre est la crise de confiance de Richard envers lui-même et son propre esprit, et les croyances de toutes les personnes l'entourant dans sa cause, et croyant en sa cause puisqu'ils croient en lui, et s'ils ne croient pas en lui, ils vont abandonner sa cause, cause qui le dépasse. Il y a donc la résolution de ce problème majeur dans ce livre. C'est dans le prochain livre où des choses vraiment mauvaises arrivent [rire]. Il y aura plus de problèmes. Mais je m'excuse dans une certaine mesure que ce soit un cliffhanger.

- Vous avez souvent dit qu'une chose que vous n'aimez pas à propos de la littérature fantasy est l'idée de construire un monde, que vous évitez dans vos livres.

La création d'un monde est pour moi une tâche inutile, car c'est comme jouer à un jeu vidéo. Je raconte une histoire à propos d'humains importants. Je crois fortement que le but d'un livre est de, comme l'a dit Aristote, montrer la façon dont les choses peuvent ou devraient être. Je montre les valeurs humaines, et ce que ces valeurs humaines peuvent accomplir. Lorsque les gens veulent se sentir grandis, ils se rendent dans un musée pour voir quelque chose de noble. Ils veulent observer une jolie peinture, pour montrer qu'il y a quelque chose de beau dans le genre humain. Je pense qu'il est important de raconter ces histoires à propos d'humains qui font de grandes choses.
Maintenant, le monde, bien sûr, est le monde autour de ces personnages. Donc, dans une certaine mesure, vous construisez le monde autour des personnages, mais les personnages sont ce qui fait que ce monde tourne. Et raconter ces histoires à propos d'humains accomplissant de grandes choses est le propos de mes écrits. Comment se présente vraiment une relation amoureuse entre deux personnes ? C'est l'histoire de Richard et Kahlan à travers tout ce cycle. Qu'est-ce que cette relation a de si précieux ? Qu'est-ce qui est important ?

- Vous incluez donc uniquement les détails qui apportent quelque chose à l'histoire ou aux personnages.

Ce sont des êtres humains. Maintenant, quelle différence cela fait-il si j'invente cette histoire complexe sur qui est trahit par qui, et sur à combien de rois sont rattaché à tel ou tel royaume, et qu'il y a eu cette guerre 300 ans auparavant, et cette chose qui se produit, et ils construisent ceci, et cette armée arrive ici, et fait cela ? C'est juste du décor en carton ! Je crois au fait de développer la chair et le sang de véritables êtres humains.

- L'Ordre, qui est la grande menace des livres, possède certains élément du communisme soviétique, mais aussi certains éléments de gouvernement de type Taliban. Est-ce quelque chose que vous avez toujours eu à l'esprit, ou cela a-t-il évolué du fait des évènements récents ?

C'est quelque chose qui a toujours été présent. Je le dis aux gens, et ils disent « mon dieu, cette situation semble vraiment réelle ». Et je me dis que c'est parce que je joue avec l'essence même de la lutte que mène le genre humain. L'essence de la façon dont les personnes agissent n'a pas changé au cours du temps. Un meurtre 3000 ans auparavant est le même que de nos jours. Avoir votre maison mise sans dessus dessous et pillée au Moyen-âge n'est pas différent d'avoir votre appartement retourné et dépouillé de nos jours. C'est le principe de base de ce qui fait une bête, ce qui fait une personne qui vient d'être volée, qui sont importantes. Et lorsque vous écrivez à propos d'un voleur, et d'une victime, ou d'un tueur, et une victime, l'époque à laquelle cela se passe n'a pas d'importance.
Sur une plus large échelle, les conflits qui ont lieu dans le monde sont le même type de conflits qui se sont déroulés durant les milliers d'années passées. Le même mécanisme qui a créé le communisme, un genre de ceinture politique collective, est le même type de chose qui a eu lieu au Moyen Age. C'est le même conflit de base que les humains ont depuis des milliers d'années. Et le coeur de ce conflit tourne autour de l'individu. La lutte du dernier millénaire a été de savoir si oui ou non l'humain était juste un animal sacrifiable sur l'autel d'un bien-être collectif, ou bien si un individu a le droit d'exister par lui-même. Les Etats-Unis par exemple, sont le premier pays dans l'histoire du monde qui a statué de manière constitutive qu'un individu a le droit d'exister. Il n'y a aucun pays à la surface de la Terre aujourd'hui, en dehors des Etats-Unis, qui ai dit qu'un individu a le droit d'exister. Au Canada, par exemple, vous pouvez être arrêté pour avoir critiqué le gouvernement. Et c'est ça le conflit de base. Avez-vous le droit d'exister en tant qu'individu, ou appartenez vous à un groupe qui dit qu'il agit pour le bien-être universel du genre humain ? C'est ceci le combat de base qui a lieu, et c'est pour cela que ça parait souvent en rapport avec ce qu'il se passe en Iran ou dans l'union soviétique ou ce genre de choses.

- Le conflit entre le déterminisme et le libre arbitre est aussi l'un des piliers de la série. Richard croit au libre arbitre, et pourtant il est l'objet de si nombreuses prophéties !

L'une des bases de la façon dont Richard fonctionne en tant qu'être humain est le fait qu'il croit que c'est nécessaire pour lui d'utiliser sa propre tête pour résoudre les problèmes. Depuis le premier livre, son grand-père lui a appris à penser à la solution, et non au problème. Et il est une personne qui tente de penser aux solutions à des problèmes compliqués. Les prophéties, d'un autre côté, disent qu'il n'est nul besoin de penser à la solution. Vous avez juste à vous asseoir, à croiser les bras, et à attendre que la prophétie se réalise. Et Richard pense que s'il veut que les choses marchent comme il l'entend, il doit trouver la solution à ses problèmes.

- Etant donné que c'est le début de la fin du cycle, avez-vous pensé à ce que vous allez faire lorsque vous aurez achevé le cycle ? Aimeriez-vous écrire des histoires se déroulant en des époques et des lieux différents, ou bien plus d'histoires se déroulant dans ce même monde avec des personnages différents ?

Toutes ces choses à la fois, et bien plus encore.

- Vous avez écrit 9 livres jusqu'ici, tous se déroulant dans ce même monde, tous avec les même personnages. Avez-vous hâte de pouvoir passer à autre chose ?

Oui et non. Je suis excité à l'idée d'écrire sur de nouveaux personnages, mais en même temps j'aime ces gens, et j'aime écrire sur eux.

- Cela va-t-il vous manquer de ne plus écrire sur ces personnages ?

J'adore raconter des histoires. C'est ce que je suis. Je raconte des histoires sur la condition humaine, sur la noblesse du genre humain. J'ai donné aux gens des héros auxquels s'identifier, et leur permettre de devenir des héros sur lesquels on peut compter. Il y a tellement de personnages dans la littérature aujourd'hui que les héros sont juste des gens détestables que je déteste. Je veux donner aux gens un type de héros qui méritent qu'on s'y intéresse. J'ai eu un grand nombre de personnes qui m'ont écrit «  je vis dans un monde de crime et de violence, et je n'ai jamais su ce que je devais faire. Depuis que j'ai lu vos livres, maintenant je me demande « qu'est-ce que Richard ferait à ma place ? ». Ils comprennent donc ce qu'ils doivent faire à travers ces personnages. Et c'est ça le but d'un bon livre, de comprendre à travers un personnage comment transformer des principes abstraits en choses concrètes.
Maintenant, il y a un grand nombre de façons différentes de raconter ces histoires, et j'ai imaginé un grand nombre d'histoires à raconter, et un grand nombre de personnages différents dans ce monde, et dans des mondes contemporains. Il y a toutes sortes d'histoires que j'aimerais raconter. J'aime écrire à propos de Richard et Kahlan. J'aime ce monde. Lorsque le cycle va se terminer, la fin de la série va être la résolution de l'histoire qui sert de toile de fond au cycle. Cela ne veut pas dire que tous les personnages vont tomber raide morts et s'évaporer. J'aimerais vraiment beaucoup continuer à écrire des histoires se déroulant dans ce monde. Et elles peuvent être sur de nombreux autres personnages que nous connaissons et aimons, ou bien sur des nouveaux personnages. Cela pourrait se dérouler dans le passé, dans l'histoire de ce monde, et certains individus qui ont vraiment eu un impact sur ce monde. Et j'aimerais raconter leur histoire. Il y a donc toutes sortes de choses à propos desquelles je pourrais écrire. J'aime écrire. C'est la chose que je préfère faire. C'est comme être payer à rêver éveillé. C'est juste la chose la plus cool qui existe !

__________________________

Texte traduit par Ophidia

En parler -- Source